le chien de troupeau en Normandie 


Paru dans l'agriculteur Normand du jeudi 12 novembre 2015

"J'avais une génisse au champ à isoler pour la faire inséminer. Tout seul, je n'y serai peut-être pas arrivé. Avec Iego, ça a demandé 5 minutes et je n'ai pas eu à courir". Daniel Huet, polyculteur (vaches laitières, vaches allaitantes, veaux gras, dindes, moutons et même abeilles) à Roullours près de Vire (14) n'en démord pas. Il ne pourrait pas se passer de son chien. Et cette complicité se conjugue au quotidien depuis plus de 20 ans. Point de départ, une démonstration lors du Salon des Fourrages se tenant dans le bocage virois "avec un éleveur qui parlait à son chien. Je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ?"

Indispensable formation
Mais rien ne se fait d'un claquement de doigts en la matière. La bonne volonté n'y suffit pas, fusse avec le meilleur chien du monde. La réussite du binôme dépend tout autant du bon apprentissage du maître que de celui de l'animal. Alors, pour ne pas que la cabane tombe sur le chien, Daniel va se former, "quelque chose d'indispensable, surtout avec son premier chien", insiste-t-il. Et après avoir reçu, notre éleveur donne. C'est sur son exploitation et avec ses animaux que Denis Pitel officiera le 15 décembre prochain (voir encadré).

Agréé par l'Institut de l'Elevage
Denis Pitel, éleveur de moutons à Proussy (14), est un des 14 formateurs français agréés par l'Institut de l'Elevage. A la demande des chambres départementales d'agriculture de Basse-Normandie et en collaboration avec l'ABNUCT (Association Bas-Normande d'Utilisateurs de Chiens de Troupeaux), il propose en novembre et décembre quatre demi-journées de sensibilisation à tous ceux qui le souhaitent. Thématique : "travailler en toute sérénité et sécurité avec son compagnon de travail", précise-t-il en insistant sur chacun des mots. 
Et pour éviter toute prise de tête et prendre un bon départ, ça passe par le choix du chiot, idéalement âgé de 2 mois. "De race pure et il faut impérativement voir au préalable la mère travailler", explique Denis. Dans la famille Border Collie, on se transmet l'amour du travail. Inscrit au LOF (Livre des Origines Français), il vous en coûtera 450 EUR environ mais ce n'est pas un passage obligé. Heureusement, parce que l'offre fait défaut. Vient ensuite non pas le dressage mais "l'éducation du chiot avant de le mettre au travail. De là va naître la complicité avec son maître". Après seulement l'apprentissage peut commencer. "On peut considérer qu'à peine 5 % des chiens de troupeau marchent bien", juge notre éleveur formateur qui regrette "que la durée moyenne de vie d'un Border Collie est d'environ 4 ans. A toujours vouloir mordre les roues des tracteurs, des camions de lait ou de livraison, de la fourgonnette du facteur, ils finissent bien souvent par se faire écraser". Question d'éducation qui fera aussi que le chien ne passera pas son temps et son énergie à vouloir rassembler les hirondelles ou les papillons. Daniel et Denis en témoignent. 

Sécurité et gain de temps
Tous les écueils évités, le chien de troupeau s'avère être un compagnon de travail indispensable. "Je ne pourrai pas m'en passer, admet Daniel. Il me sert tous les jours, un peu plus l'été parce que les vaches pâturent". Pour cet exercice, notre éleveur reste à l'entrée du champ. C'est le chien qui se charge de faire lever les animaux, les regrouper et les acheminer.  Du temps de gagné et moins de pénibilité qui se justifient encore plus avec les grands troupeaux. Et de grands troupeaux, Daniel a de quoi faire avec ses dindes de Noël qu'il faut enfermer tous les soirs. Travail de chien. Au-delà, c'est aussi de la main-d'oeuvre occasionnelle, par exemple pour trier des animaux, et de contraintes horaires dont s'affranchit notre Roullotin. Iego, c'est comme un scout, "toujours prêt". 
A partir de 8/10 ans, un chien de troupeau commence à baisser de régime. Il ne faut peut-être pas attendre pour assurer un tuilage et redémarrer avec un jeune. "Ça permet de laisser un peu de temps et de ne pas brûler les étapes, recommande Daniel qui insiste aussi sur un autre point : "un chien ne fait pas l'autre. Chaque animal a son caractère? C'est un tandem". Et de se remémorer de Dudul, Roubi... Il a participé avec eux, "cerise sur le gâteau", à des concours de chiens de troupeau dont le national. 
Les chiens sont-ils heureux de se retrouver entre eux ? Sans doute pourvu qu'ils travaillent. Leur maître, c'est une certitude.

source:"copie de l'article paru dans l'agriculteur normand du 12/11/2015"